Des meurtres pour plus d’audience ? un présentateur d’une émission brésilienne dans la ligne de mire de la police
SAO PAULO — Un meurtre après l’autre, l’émission télévisée “Canal Livre” faisait fureur: ses caméras étaient présentes sur les lieux des crimes avant même l’arrivée de la police. De quoi faire monter l’audimat mais aussi de susciter les doutes des autorités.
Le présentateur du programme, Wallace Souza, un élu local qui travailla un temps dans la police, est aujourd’hui soupçonné par les forces de l’ordre d’avoir commandité au moins cinq des homicides pour faire grimper l’audience de l’émission et affirmer que l’Amazonie est en proie aux violences. La police l’accuse également de trafic de drogue.
“L’ordre d’exécuter venait toujours du parlementaire et de son fils, qui alertaient alors les équipes télévisées” afin qu’elles “se rendent sur les lieux avant la police”, a affirmé Thomaz Vasconcelos, de la police de l’Etat d’Amazonas, dans un entretien à l’Associated Press.
Wallace Souza a démenti l’ensemble des allégations, les qualifiant d’absurdes. Il a affirmé que ses ennemis politiques et les trafiquants de drogue en avaient assez de sa couverture télévisée et de sa croisade contre la violence. “J’étais celui qui organisait des enquêtes parlementaires sur le crime organisé, le système pénitentiaire, la corruption, le trafic de drogue au sein de la police et la pédophilie”, a-t-il riposté dans une interview accordée à l’AP.
Son avocat, Francisco Balieiro, a pour sa part déclaré que le seul témoin était un policier qui espérait l’indulgence dans le cadre d’une enquête sur neuf meurtres pour lesquels il est accusé. “Il n’y a pas une seule preuve matérielle dans ces accusations“, a-t-il lancé.
D’après Thomaz Vasconcelos, les accusations, qui ont fait les grands titres de la presse brésilienne, découlent des témoignages de plusieurs anciens employés et agents de sécurité qui travaillaient pour les Souza.
Le fils de Wallace Souza, Rafael, a été placé en détention sous les accusations d’homicide, de trafic de drogue et de possession illégale d’armes.
La police a précisé que Wallace Souza faisait quant à lui l’objet d’accusations de trafic de drogue, de formation de gang et de possession d’armes, mais n’avait pas été inculpé de meurtre. Il n’a pas été incarcéré, compte tenu de l’immunité qui interdit toute arrestation tant qu’il est parlementaire.
L’émission télévisée “Canal Livre” avait été lancée en 1989 sur une chaîne de Manaus, capitale de l’Etat d’Amazonas. Extrêmement populaire parmi les 1,7 millions d’habitants de la ville, le programme a été retiré des ondes l’an dernier, alors que les investigations policières s’intensifiaient. Wallace Souza trônait dans un studio, dénonçant la criminalité sévissant dans l’Etat dans cette émission ponctuée par la diffusion fréquente d’images exclusives d’arrestations, de lieux de crimes et de saisies de drogue.
18.10.09
Télé plus que réalité....
Publié par
Grand Chef
à
6:10 PM
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