Il y a un très bon article dans le magazine XXI (numéro n°5) qui s'intitule "La dame de pique de Toulouse". Une affaire troublante.
Le procès, on en parle beaucoup en ce moment. Jacques Viguier est suspectée d'avoir tué sa femme mais c'est le mystère depuis des années? L'a t'il fait?...
Un mari suspecté d’avoir tué son épouse et d’en avoir escamoté le corps, lequel reste introuvable neuf ans après, cela s’appelle un fait divers. Que ce mari soit un brillant professeur de droit public à Toulouse-I-l’Arsenal et que l’idée traverse les enquêteurs qu’il aurait pu préparer un crime parfait, et le fait divers devient tout de suite une «affaire». L’affaire Viguier, comme Jacques Viguier, 51 ans, sera jugée à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 7 mai devant les assises de Haute-Garonne.
Suzanne Blanch épouse Viguier, danseuse de profession, mère aimante de trois enfants et maîtresse de son partenaire au tarot, est décrite par ceux qui la connaissent comme «une femme pétillante». Mais elle s’évapore, à 38 ans, sans ses enfants ni ses lunettes, sans son sac à main ni ses affaires de toilette entre 10 h 15 et 12 heures le dimanche 27 février 2000. C’est là le début d’un roman.
Suzanne Viguier disparaît la veille d’un rendez-vous chez son avocat pour préparer son divorce d’avec un mari alors jeune quadragénaire qu’elle juge trop porté sur ses jeunes étudiantes. C’est un roman des mœurs sociales, avec des proches du couple assurant avoir entendu l’accusé dire : «On ne quitte pas Jacques Viguier.» C’est aussi le Mystère de la chambre jaune. Avec l’accusation qui affirme qu’il n’y avait que cinq clés de la maison fermée à double tour, clés toutes retrouvées sur place, alors que la défense affirme qu’il y en avait six et que Suzanne aurait donc pu s’échapper sans mal de ce domicile du quartier résidentiel de la Terrasse à Toulouse.
Décharge. Pour le piment de l’histoire, il y a aussi le matelas sur lequel dormait l’épouse dans un lit séparé. Le mari dit l’avoir jeté à la décharge, où il aurait brûlé tout entier, le mercredi suivant le dimanche de la disparition. Cet époux aurait donc cherché à effacer toute trace de son forfait ? Au fait des relations de sa femme avec son partenaire de tarot, il explique aux enquêteurs avoir seulement préféré se débarrasser d’un objet sur lequel «des choses auraient pu se passer». C’est à croire ou à laisser. Comme tout le reste de cette affaire.
Jacques Viguier dit avoir entendu Suzanne rentrer à pas menus vers 4 h 30 dans la nuit du samedi au dimanche. Il dit avoir préparé les enfants que leur grand-père est passé prendre à 10 heures. Puis être allé courir un footing et travailler un peu avant de rejoindre les enfants et leurs grands-parents aux alentours de 12 h 30. Il n’a croisé personne durant ce footing. Les enquêteurs doutent même qu’il l’ait effectué, ses voisins et le baby-sitter de ses enfants leur déclarant ne l’avoir jamais vu pratiquer cet exercice. Jacques Viguier a couvert le parcours préalablement indiqué aux policiers en un temps plus qu’honorable lors d’une reconstitution ? Le SRPJ le soupçonne alors de s’être entraîné dans sa cellule le temps de sa détention provisoire. Il a finalement couru trop vite cette distance pour que tout colle à l’emploi du temps de sa matinée ? L’accusé ajoute du coup avoir pris le temps, ce funeste dimanche, de faire quelques exercices d’assouplissement en chemin. «Insuffisante fiabilité de ses propos imprécis, variables et contraires à des témoignages ou constatations», note l’accusation.
Si rien n’accuse Jacques Viguier de manière incontestable, tout alimente le soupçon. Et c’est là qu’entre en jeu la qualité de l’accusé : de telles imprécisions, reprend l’arrêt de renvoi devant les assises, «de tels errements étaient particulièrement surprenants de la part d’une personne créditée dans son milieu professionnel d’une mémoire excellente, voire phénoménale». Jacques Viguier ne serait plus le vulgaire mari trompeur mais jaloux qui supprime sa femme, mais le brillantissime Machiavel qui, mêlant à dose savante ce qui le disculpe et ce qui l’accuse, n’aurait cherché qu’à embrouiller la justice. En foi de quoi, l’universitaire sorti en février 2001 de neuf mois de détention provisoire comparaît aujourd’hui devant ses juges, accusé d’avoir «volontairement donné la mort à Suzanne Blanch».
Couloirs. En attendant, le professeur Viguier donne toujours des cours dans les amphis de droit et sciences sociales de l’Arsenal. Il salue son monde dans les couloirs et bavarde dans la rue avec ses étudiants. Il y a là le clan des pro-Viguier. Et puis il y a le clan que son défendeur, Me Georges Catala, associé à Me Henri Leclerc, dénomme le «clan du tarot» en référence au hobby de Suzanne Viguier, ses amis, son amant. Lequel amant, entendent plaider les avocats de Jacques Viguier, n’aurait pas fait l’objet de suffisamment d’attention de la part des enquêteurs du SRPJ. Ces derniers étant selon eux trop occupés à tâcher de confondre le «prof de fac» plutôt que de chercher des poux dans la tête d’un joueur de tarot, VRP au chômage. Le procès de l’affaire Viguier, neuf ans après les faits, ce sont deux mondes qui auront douze jours d’audience pour en découdre.
20.4.09
Un crime parfait?
Publié par
Grand Chef
à
10:45 PM
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2 commentaires:
Le verdict a été rendu aujourd'hui: il est acquitté. Y aura-t-il appel?
C'est probable qu'il y ai appel.
Côté chroniques judiciaires, il y a aussi le procès du gang des Barbares et l'attitude tout simplement folle de son boss : Youssouf Fofana. Ce n'est pas exactement un serial killer mais c'est bel et bien un allumé des neurones et son attitude serait presque considérée comme excessive si on la retranscrivait dans un film...
Quand on lui a demandé sa date de naissance, au premier jour du procès, il a donné le jour du décès de sa victime... Rien que ça...
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